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Mérignac, quand l’administration a tenu lieu de politique…

Mérignac a longtemps été une ville utile. Industrielle, aéronautique, stratégique. Mais une ville ne se résume pas à ce qu’elle produit. Elle se définit aussi par les choix politiques qu’elle assume. Aujourd’hui, Mérignac est à un moment charnière.

Il y a des villes qui se sont construites par le récit, par l’affirmation politique, par le conflit des idées.

Et puis il y a celles qui se sont construites par la fonction.

Mérignac appartient clairement à cette seconde catégorie. Longtemps, elle a été utile avant d’être racontée. Utile à l’agriculture, utile à l’industrie, utile à l’aviation, utile à la métropole. Cette utilité constante a façonné son territoire, mais elle a aussi, peu à peu, relégué au second plan une question pourtant essentielle : qu’est-ce que Mérignac veut être, politiquement et symboliquement ?

Avant la Seconde Guerre mondiale, Mérignac est une commune de lisière. Elle vit à son rythme, regarde Bordeaux sans chercher à s’y confondre. Puis l’Histoire accélère. L’aéronautique s’installe, la guerre frappe, l’aéroport devient un enjeu stratégique majeur. La ville subit bombardements et destructions. Mérignac paie cher une fonction qui la dépasse. Ce moment est fondateur. À partir de là, elle n’est plus périphérique. Elle est exposée. Et elle ne cessera plus de l’être.

L’après-guerre marque une bascule durable. L’État planifie, reconstruit, industrialise. Mérignac devient une ville de production, de logements, de flux. Une ville qui absorbe, qui équipe, qui accueille. Politiquement, la commune s’inscrit alors dans une continuité très forte. Depuis 1945, un seul grand courant politique, la gauche, dirige la ville. Ce n’est pas un procès. C’est un fait historique. Cette continuité a permis de la stabilité, de la constance, une capacité à accompagner la croissance rapide de la population et à structurer les équipements publics.

Mérignac s’est construite, concrètement, efficacement.

Mais faire ville ne se résume pas à gérer la durée. Faire ville, c’est aussi confronter des visions, ouvrir des débats, permettre aux habitants de se situer dans des choix politiques clairs. Or, cette longue continuité a aussi produit un effet plus discret, mais profond : l’absence de véritable alternance a limité la confrontation des orientations. La ville a avancé, mais sans jamais vraiment se poser la question de son identité politique propre.

La ville a grandi sans se raconter.

Les décennies suivantes renforcent ce paradoxe. Mérignac devient l’une des communes les plus peuplées et les plus stratégiques de la métropole. Elle accueille l’Aéroport de Bordeaux-Mérignac, des zones économiques majeures, des milliers d’emplois. Elle est au cœur des dynamiques régionales. Pourtant, dans l’imaginaire collectif, elle reste souvent définie par ce qu’elle héberge plutôt que par ce qu’elle incarne. Comme si son rôle logistique avait pris le pas sur son rôle politique.

Avec la métropolisation, cette dilution s’accentue. Mérignac bénéficie de l’attractivité globale, mais perd en visibilité symbolique. La ville fonctionne, mais peine à inspirer. Beaucoup y vivent intensément sans toujours s’y reconnaître pleinement. Quand une orientation politique devient presque naturelle, elle finit par ne plus être questionnée. Et ce qui n’est plus questionné cesse d’être approprié.

Aujourd’hui, Mérignac arrive à un moment charnière. Les enjeux ont changé. Transition écologique, mutations économiques, nouvelles attentes démocratiques, besoin de proximité et de participation : tout ramène à une évidence. 

Le local est redevenu le lieu central de la démocratie réelle. C’est à l’échelle municipale que les choix se voient, se vivent, se contestent. C’est là que la politique retrouve sa force concrète.

Mérignac n’a peut-être jamais réellement pris son identité politique, parce qu’elle n’en avait pas besoin pour fonctionner. Mais l’époque actuelle ne se contente plus de villes qui fonctionnent. Elle appelle des villes qui choisissent, qui assument un cap, qui acceptent la pluralité des visions et la confrontation démocratique. Une ville qui ne se contente pas d’hériter d’une trajectoire, mais qui la discute et la renouvelle.

Il ne s’agit ni de nier ce qui a été fait, ni de dresser un bilan idéologique. Il s’agit d’ouvrir un nouveau chapitre. Un chapitre où Mérignac accepte pleinement que plusieurs projets puissent s’exprimer, se confronter, convaincre. Où la politique municipale ne se limite plus à l’administration du présent, mais redevient un espace de projection collective.

Mérignac a longtemps été une ville utile. Elle peut aujourd’hui devenir une ville choisie. Une ville qui assume son histoire industrielle sans s’y enfermer. Une ville qui transforme son héritage aéronautique en moteur d’innovation responsable. Une ville qui protège ses quartiers sans les figer, qui développe sans effacer, qui décide sans se couper de celles et ceux qui la vivent.

Mérignac ne doit plus seulement fonctionner.
Elle doit se définir, se raconter, se décider.
Et le temps de ce choix est venu.

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