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La continuité est un socle. L’avenir est une responsabilité.

Photo de Karim Zaidi Gustavi

À Mérignac, la référence à la continuité avec Alain Anziani est compréhensible. Elle est même, dans un premier temps, rassurante. Elle rappelle une histoire municipale stable, une ville qui s’est développée sans ruptures brutales, un territoire qui a su se transformer tout en conservant une forme d’équilibre.

Mais à mesure que cette référence devient centrale dans le discours politique, une question plus profonde s’impose : la continuité suffit-elle à définir un projet pour la décennie qui s’ouvre ?

Car gouverner une ville, surtout une ville de la taille et de la responsabilité de Mérignac, ne consiste pas uniquement à préserver un héritage. Cela consiste à prendre en charge un futur qui ne ressemblera pas au passé.

Le confort du passé et l’exigence du futur

Le passé a un avantage considérable : il est connu. Il peut être analysé, défendu, expliqué.
Il permet de s’appuyer sur des résultats, des bilans, des réalisations concrètes.

Le futur, lui, n’offre aucune de ces garanties. Il oblige à se projeter dans l’incertain, à anticiper des transformations profondes, à faire des choix sans toujours disposer de toutes les réponses. C’est précisément pour cela qu’il fait peur.

Mais bâtir une ville, ce n’est pas éviter cette peur, c’est l’assumer entièrement pour la faire vivre collectivement.

La transition écologique ne sera pas neutre.
La transformation du travail et de l’emploi bouleverse déjà les équilibres sociaux.
Le vieillissement de la population redéfinit les besoins en services, en mobilités, en logements.
La révolution numérique crée autant d’opportunités que de fractures.

Aucune de ces dynamiques ne peut être traitée par la seule reconduction des schémas passés.

Mérignac face à son changement d’échelle

Mérignac n’est pas seulement une ville de la périphérie bordelaise.
Elle est un pôle structurant de la métropole, un territoire économique majeur, un lieu de passage, de travail et de vie pour des dizaines de milliers de personnes. C’est tout de même la deuxième ville de Nouvelle-Aquitaine !

Ce changement d’échelle implique une transformation du regard politique.
On ne gouverne pas une ville de cette importance comme on administre une commune moyenne. Les décisions prises ici ont des impacts bien au-delà de ses frontières.

À ce niveau, la question n’est plus seulement de bien gérer.
Elle est de donner une direction lisible, capable de tenir dans le temps et de résister aux aléas et qui embarque le territoire.

Le futur ne se décrète pas, il se construit

Parler d’avenir ne consiste pas à empiler des intentions. Cela consiste à organiser une cohérence entre les politiques publiques : urbanisme, mobilités, logement, emploi, formation, services publics, solidarité et tant d’autre !

Un futur crédible repose sur une hiérarchie des priorités. Sur des choix assumés.
Sur une capacité à dire ce qui viendra avant, ce qui viendra après, et ce qui ne viendra pas.

La continuité rassure, mais elle ne tranche pas. Or, gouverner, c’est trancher.

Un futur pour tous, ou un futur fragmenté

L’une des grandes questions des années à venir sera celle de l’égalité territoriale.
Une ville peut croître tout en se fragmentant. Elle peut se moderniser tout en laissant certains habitants sur le bord du chemin.

Penser le futur de Mérignac, c’est donc se demander comment éviter une ville à plusieurs vitesses.
Comment faire en sorte que chaque quartier trouve sa place dans la trajectoire d’ensemble.
Comment garantir que la modernisation ne bénéficie pas uniquement à ceux qui savent déjà s’y adapter. Comment allier sécurité, vivre ensemble, transition écologique, ou encore inclusion numérique sans agrandir les fossés qui existent déjà ?

Un futur juste n’est pas un futur uniforme, c’est un futur équilibré.

Donner un cap, et l’expliquer

Un cap n’a de valeur que s’il est compris. Et il n’est compris que s’il est expliqué, répété, incarné.

La lisibilité de l’action publique n’est pas un supplément d’âme, c’est une condition de l’adhésion démocratique.

Les habitants n’attendent pas nécessairement d’être d’accord sur tout.
Ils attendent de comprendre pourquoi les choix sont faits, et dans quelle logique ils s’inscrivent.

Gouverner, c’est accepter la responsabilité du long terme

Le mandat municipal n’est pas seulement un exercice de gestion courante.
C’est une responsabilité intergénérationnelle.

Les décisions prises aujourd’hui dessineront la ville dans laquelle nos enfants vivront, travailleront, vieilliront. Refuser de parler de futur, c’est laisser ces décisions se faire sans vision claire.

Respecter le passé est une nécessité. S’y enfermer est une faute politique.

Mérignac à l’heure du choix

La question qui se pose aujourd’hui à Mérignac n’est pas celle de la rupture ou de la continuité.
Elle est plus exigeante.

Sommes-nous capables de transformer l’héritage en projet ? Sommes-nous capables de regarder le futur sans détour ? Sommes-nous capables de bâtir une ville qui assume pleinement son rôle, son rang et sa responsabilité ?

Car gouverner une ville, au fond, ce n’est pas prolonger ce qui a été fait.
C’est avoir le courage d’organiser ce qui reste à construire.

Photo de Karim Zaïdi Guastavi. Parvis de l’Hôtel de ville de Mérignac. 1989

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